ESCP-EAP. Etude de Sciences Sociales et Humanités.

année 2007-2008

La « solution finale »

Comment, pourquoi, selon quel système de pensée et quels soucis « pratiques » a pu être organisé un des crimes les plus monstrueux de l’histoire ?


Directeur d’étude : M. Alexandre Deze

 INTRODUCTION

 Lorsqu’on pense aux génocides qui ont été perpétrés dans le monde, en Europe, en Afrique, en Asie, on se dit qu’il faut tout faire pour éviter que de telles horreurs ne se reproduisent. On essaye donc de comprendre comment elles ont eu lieu. On voudrait mettre la barbarie sur le compte d’une absence de morale, mais alors comment expliquer le génocide des Juifs en Europe dont les protagonistes étaient a priori les citoyens d’un des pays les plus éclairés et les plus cultivés de l’époque, l’Allemagne ?

Comme le dit le Père Patrick Desbois dans son livre, Porteur de mémoires : «  Accepter de savoir ce qui s’est passé, comment des hommes au beau milieu de l’Europe ont assassiné individuellement, personnellement, un enfant, une grand-mère, un couple, dans la rue, sur le marché, derrière l’église, dans un fossé, c’est préparer de nouvelles générations à demeurer fortes et armées contre les machines génocidaires qui peuvent se mettre en marche, où que ce soit. »

Ainsi, étudier le processus de la solution finale c’est s’informer sur les circonstances qui permettent à un génocide de se mettre en route, et par delà le devoir de mémoire, c’est aussi apprendre à reconnaître ces circonstances pour pouvoir les changer. Plusieurs questions viennent se greffer sur ce thème : quelle a été la mise en œuvre de la solution finale ? Comment des êtres humains ont-ils été capables de perpétrer de tels crimes ? Quels ont été les acteurs de ce projet ?

Nous nous attacherons plus particulièrement à la question suivante: comment peut-on préparer et mettre en œuvre un génocide sous les yeux du monde entier et même de ses victimes ? Pour y répondre, il semble qu’il soit d’abord nécessaire de s’intéresser au problème avec les yeux d’un historien : nous analyserons les circonstances historiques qui ont permis aux nazis de faire accepter leur idéologie et finalement leur plan de suppression des Juifs d’Europe. Mais le problème se pose aussi par rapport aux victimes, car on ne peut que se demander pourquoi les Juifs n’ont pas tous fui d’Europe. La deuxième partie de ce rapport se fera donc sur le témoignage d’un ancien déporté.

En ce qui concerne la méthodologie qui a été suivie pour élaborer cette étude, notons que l’interview de Lolek B. a été réalisée spécialement pour cette dernière. Après avoir lu son récit, Une si longue nuit, j’ai souhaité le rencontrer, et nous avons finalement communiqué par écrit. J’ai également eu l’occasion d’aller à Auschwitz, guidée par un ancien déporté du camp. Par ailleurs, la première partie de l’étude se base principalement sur le livre d’Arno J. Mayer, La  « solution finale » dans l’histoire. J’ai aussi suivi d’assez près le livre d’Annette Wieviorka, Auschwitz, La mémoire d’un lieu, et celui de Wanda Michalak, Auschwitz, camp hitlérien d’extermination, pour parler de ce camp. Les autres ouvrages cités dans la bibliographie ont simplement été consultés pour des questions précises que je me suis posées durant le cheminement de l’étude.