Un village exemplaire

C'est l'histoire d'un tout petit village des Pyrénées qui, pendant la guerre, a hébergé des familles juives.

En 1941, toute la famille de ma mère a décidé de fuir la zone occupée. Après s'être renseignés, ce qui n'était pas toujours évident en cette période troublée, ils ont pris contact avec un habitant du village de Ponson-Dessus, près de Tarbes, qui a accepté de les héberger. A cette époque, ma mère avait 12 ans.La maison

Quand je dis toute la famille de ma mère, je parle de 13 personnes: sa sœur, ses parents, ses grands parents, ses deux oncles et ses deux tantes et ses trois petits cousins. Le contact qui les a fait venir et les a hébergé, monsieur Regaix, leur a ensuite trouvé une maison où ils ont pu tous se loger.

Ponson-Dessus, c'est un petit village de 250 habitants. Combien étaient-ils en 1941? peut-être 150. En tous cas tous étaient au courant que la nouvelle famille qui s'installait chez eux était une famille juive. Et tous, du maire au simple citoyen, en passant par le curé et l'instituteur trouvaient normal d'héberger ces gens qui fuyaient l'occupation nazi. Jusque là rien de très surprenant n'est ce pas? Après tout c'était la zone libre, et peut-être ces gens se disaient que même si le gouvernement de Vichy prenait certaines orientations vis-a-vis des juifs (les premières lois pétainistes visant les juifs ont été prises en octobre 1940) ils ne risquaient certainement pas grand chose.

Mais tout bascule à partir du 11 novembre 1942 quand l'armée allemande franchit la zone de démarcation afin d'occuper cette zone dite libre et de placer le gouvernement de Vichy sous son contrôle direct. Ma mère m'a raconté que son oncle est par la suite allé voir le propriétaire, lui expliquant qu'ils allaient partir car il (le propriétaire) serait fusillé si les allemands découvraient ce qui se passait dans ce village. Savez vous ce qu'a répondu ce monsieur? il a dit: "pour ça, je veux bien être fusillé".

Cela parait presque évident du coup d'ajouter que le village était actif dans le mouvement de la résistance. Ma tante raconte l'anecdote suivante: un jour, elle était monté en haut du clocher de l'église et y a vu des hommes armés, cachés là. Ils ont expliqué à cette petite fille de 9 ans qu'il ne fallait rien dire, qu'il fallait garder cela secret. Et elle a pris ça très au sérieux cette petite fille, car elle n'en parle qu'aujourd'hui, 66 ans après.

Oui, ma mère et sa famille ont vécu à l'abri, grâce au courage de tous les habitants de Ponson-Dessus. Les enfants allaient à l'école, comme tous les autres enfants du village, les"réfugiés" qu'étaient mes grands parents, ma mère, ma tante et les autres étaient traités comme s'ils avaient toujours vécus à Ponson-Dessus.

Cérémonie du 14/07/08Le 14 juillet 2008, notre famille a voulu rendre un hommage à tous ces courageux habitants, à ceux qui sont encore là, et à ceux de ma génération pour la noble attitude de leurs parents. Nous sommes tous allés à cette cérémonie, c'était émouvant bien entendu, mais je vais vous dire ce qui m'a le plus bouleversé. il faut vous dire que mon grand père était boulanger. Après la cérémonie, un homme de mon age, un homme qui n'a donc connu aucun des membres de la famille de ma mère, s'est approché de moi et m'a dit: "vous savez, ici on parle encore de votre grand père, du pain et des gâteaux qu'il faisait".

A ce moment, j'ai compris qu'à Ponson-Dessus, le travail de mémoire avait commencé au lendemain de la guerre et ne s'était jamais arrêté.

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