Témoignage Marine 2007

A Auschwitz je me suis sentie tout ce qu'il y a de plus bête. Face à 40km2 de lieu de mort, de souffrance, d'inhumanité, je me suis sentie très petite. Qu'aurais-je fais à leur place ? Aurais-je tenu le coup ? Aurais-je juste voulu sauver ma peau ou aurais-je aidé certains ? Quelle image de l'Homme peut-on avoir après avoir vu ceci, après avoir entendu de vrais témoignages, après avoir imaginé en 10 fois moins dur la vie dans les camps ? A cette époque aurai-je été antisémite ?

 Je pense qu'on ne peut pas savoir, mais cela fait peur d'imaginer un instant qu'on aurait pu être du côté des « méchants », de ceux qui suivaient une idéologie. J'avais honte d'avoir froid, j'avais honte d'être fatiguée.

Ginette, je ne me rappelle plus de son nom de famille, peut-être est-ce irrespectueux de la nommer par son prénom, mais en l'écoutant parler je n'ai jamais ressenti un plus grand respect envers une personne. Je l'ai trouvée géniale, je l'ai trouvée belle et je me demandais comment une femme qui paraît aussi fragile avait fait pour survivre. Elle était pleine de vie, elle parlait, mais ne voulait pas qu'on la plaigne, elle voulait nous montrer les horreurs de sa vie pour que notre génération ou les futures ne recommencent jamais une telle chose.

Cette femme m'a fait encore plus réfléchir sur notre génération, à 19ans, elle était dans un camp de concentration, elle ne l'avait pas choisie, elle n'y pouvait rien, mais je sais qu'à 19ans je ne serais pas là-bas. Et je ne me rendrai même pas compte de la chance que j'aurais. C'était une magnifique rencontre, je suis insensible face à des chiffres, le nombre de morts a du mal à me toucher, mais rien que la voix de cette femme m'a fait pleuer. J'avais de l'admiration. Je me demande surtout, et ceci je pense que je ne pourrais jamais le comprendre, comment des gens ont pu envoyer de jeunes enfants à la mort, comment ces gens-là ont-ils vu avant tout leurs origines religieuses que leurs regards.

Un enfant représente l'innocence même et je n'arrive pas à comprendre qu'un être humain, qui a forcément du cœur, ait pu faire cela. D'ailleurs je n'arrive pas à comprendre tout ce qu'il s'est passé. Le fait d'aller en Pologne m'a encore plus renforcé dans le fait de ne pas comprendre ces Hommes, et cela me rassure, car je ne veux en aucun cas les comprendre. Les personnes dans les camps ont été rabaissées, humiliées, insultées, animalisées mais de nos jours je pense que c'est le contraire, ces gens là, je pense, que nous leur devons un grand respect et une grande mémoire honorable.

A Auschwitz-Birkenau mes pieds n'arrivaient plus à m'amener d'un point A à un point B, mais je n'ose pas imaginer combien de fois ces Hommes déportés ont pu allé de A à B. La fatigue physique et morale devait être insupportable. J'ai beaucoup réfléchi sur moi, on me dit toujours que je ne peux pas changer le monde et que les injustices existeront toujours, je suis d'accord mais les plus grandes et graves choses partent toujours de quelque chose de minuscule. Et je me dis que si plus de monde avait eu une autre vision, et n'avait pas suivi les idées de quelqu'un d'autre, les choses auraient pris moins d'ampleur.

Ce génocide n'est pas le seul, n'est pas non plus le plus récent, mais a été le plus important. Mais ce n'est pas une raison pour oublier les autres, qui auraient pus prendre une plus grande ampleur. Tout ceci m'a renforcée dans l'idée que les Hommes sont de nature cruelle et égoiste, et que cela est bien triste. J'ai pris ce voyage à un titre personnel, personne de ma famille n'a vécu ceci, je n'ai pas d'origines juives, mais avant toutes choses je suis humaine comme tout ces gens qui sont morts dans l'ombre.

J'ai trouvé ceci important de me retrouver sur ce site, c'était comme rendre un hommage. J'ai assisté à la prière juive, lorsque le Rabbin l'a traduite en français j'ai fini pas dire Amen. J'y suis allée sur un plan humain. Je suis fière d'y être allé, je pense que c'est un devoir, c'est une mémoire et le respect que nous devons à toutes ces personnes.